Le rapport qui a fait tomber VW en Amérique
On ne se méfie jamais des rapports de 130 pages rédigés par des «geeks». C’est pourtant bien un travail de recherche réalisé durant l’hiver 2013-2014 par une équipe de l’Université de Virginie-Occidentale qui a incité les autorités américaines à enquêter sur Volkswagen. Un travail sur l’étonnante différence de pollution de ses diesels entre leur homologation sur banc d’essai et leur comportement dans la vie de tous les jours.
A en croire la version de l’affaire servie par l’Agence américaine de l’environnement (EPA), Volkswagen, pressé d’expliquer ce paradoxe, aurait finalement avoué au début de septembre que l’énigme résidait dans la reprogrammation du logiciel pilotant le cœur des moteurs incriminés et leurs catalyseurs. Ce bidouillage permettrait au véhicule de limiter ses rejets d’oxyde d’azote lorsqu’il est utilisé dans les conditions imposées par les mesures officielles. Puis «il réduirait l’efficacité du filtrage des émissions en conditions réelles», tonne l’EPA. «Ce trucage concerne 11 millions de véhicules dans le monde», a finalement admis le constructeur allemand.
Cette étude de l’Université de Virginie-Occidentale a été publiée en mai 2014. Elle a été financée par le Conseil international pour des transports propres – ICCT en anglais – une ONG financée par ClimateWorks Foundation, cette dernière dépendant des fondations caritatives des familles Hewlett et Packard.
Une alerte venue d'Europe
Raison de cette mission lancée il y a deux ans? L’alerte émise auparavant par d’autres chercheurs, européens cette fois. Selon eux, les diesels émettent de 4 à 7?fois plus d’oxyde d’azote que les normes admises. Or contrairement à l’Europe ou la Suisse — qui traquent avant tout le CO2 — les Etats-Unis se focalisent sur cet oxyde menaçant la couche d’ozone.
Cette alerte pousse l’ONG américaine à demander aux universitaires de tester sur des milliers de kilomètres — des embouteillages de San Diego à l’arrière-pays montagneux de Los Angeles — trois modèles symbolisant la percée du diesel en Amérique: un break Golf équipé d’un 2.0 TDI de 140?chevaux et d’un catalyseur classique; une Passat «américaine» mue par le même quatre-cylindres mais équipée du nec plus ultra en matière de réduction des émissions (un «Blue TDI» avec injection d’urée); et, face aux marques VW, un BMW X5 diesel poussé par un gros six-cylindres de 265?chevaux – lui aussi équipé d’un système antipollution dernier cri.
Le scandale de la page 88
Cachée en page 88 du rapport, une phrase mettra, un an et demi plus tard, le feu aux poudres. «En général [pour la Golf], 50% des émissions d’oxyde d’azote durant tous les parcours testés dépassent de 20 à 40 fois les standards.» Sur l’ensemble des tests, les rejets du petit break dépassent, en moyenne, de 15 à 25?fois les normes admises. Son système à injection d’urée permet à la Passat de ne rejetter «que» de 5 à 20 fois plus que ces limitations instaurées en 2004. Surprise, le gros 4x4 BMW respecte tous les plafonds.
Autre découverte des universitaires à l’époque: les deux VW respectent les limitations de rejet d’oxyde d’azote lorsqu’elles sont testées sur les bancs d’essai du CARB, l’office californien de contrôle de la pollution. Un paradoxe qui aurait fini par attirer l’attention de l’administration américaine, et par déclencher ce «Dieselgate». Pierre-Alexandre Sallier
Source:
La tribune de Genève
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